Lycée ALAIN-FOURNIER - BOURGES
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Marie Hendriks, invitée dans la cadre de L’inquiétante enfanceté, cycle d’expositions sur les représentations adultes de l’enfance et ses ambivalences, investi tout l’espace de La TRANSVERSALE dans des mises en scène d’histoires fantasmatiques et de réminiscences familiales et personnelles, au milieu d’un décor à la fois baroque et décadent, transformant l’espace d’exposition en intérieur feutré. Ses vidéos, dessins et installations se caractérisent par une ambiance sophistiquée dont la surcharge, la richesse ornementale et le goût des textures plongent le spectateur dans un univers domestique et narratif plus troublant que rassurant. L’abondance ornementale, conjuguée à un goût pour l’absurde et le décoratif désuet, offre des espaces imaginatifs propices à la rêverie, recréant une situation caractéristique du monde de l’enfance : celui du regard enfantin porté sur un monde adulte, parfois incompréhensible, mais véritable territoire de jeu à s’approprier.


Tatacombe


 Ma pratique de plasticienne-narratrice me vient d’une tradition familiale où l’on aimait à raconter des histoires et faire croire à l’extraordinaire aux enfants. Ainsi, ma démarche interroge particulièrement les processus de construction des récits, qui naissent tant par des jeux d’association de souvenirs et d’anecdotes familiales que par de pures fictions. Mon travail s’y développe autour des thèmes centraux que sont les apparences trompeuses, la maison et la sensation d’enfermement, l’émerveillement et les effrois de l’enfance.


 À travers la mise en scène, mais aussi par l’impact physique et émotionnel que leur donne une installation, le statut intime et banal des histoires racontées ou suggérées est ainsi dépassé. L’action est déplacée vers un univers d’échelle spectaculaire, nécessaire à l’étrange et au merveilleux. C’est en me saisissant du format de l’exposition que je peux alors jouer de tensions affectives ainsi provoquées et opérer la transmission de mes histoires.


 Le titre de cette exposition, Tatacombe, suggère aussi bien un lien familial dans un langage enfantin qu’un lieu de sépulture. La Transversale, sous l’effet d’une transformation opérée par de multiples motifs et couleurs, prend ainsi l’air inquiétant de l’intérieur domestique décadent d’une vieille tante esseulée. Dans ce décor où s’accumulent sculptures et tentures fabriquées à partir de matières désuètes, le spectateur à l’impression de croiser les traces d’une réception ou d’une cérémonie pour invités absents. L’ensemble rentre alors en résonance avec les personnages qui traversent les œuvres.


Ainsi l’on découvre une vieille dame seule dans sa vaste demeure dans le court métrage Millseweg 2 (16mm, 2006), projeté sur un grand écran drapé, seule survivante entretenant la maison vide par des gestes quotidiens.


Le portrait d’une autre vieille femme, au visage étrangement fondu, est représenté dans la série de dessins Tata Ice (pastel sur papier, 2018), où des enfants semblent menacés de se retrouver englués dans d’immenses coulures de crèmes glacées. 


Au centre de la pièce principale, sur un long lit-buffet (Bed-Buffet, 2018), la tête de verre d’un jeune garçon, comme sacrifié, regarde les restes d’un festin. Dans l’étrange couloir qui ne mène nulle part, Bloemenbed (Lit de fleurs, 2018), un lit imposant et fleuri qui bloque le passage et transforme l’espace en alcôve, offre l’image d’un repos qui s’apparente davantage à celui de la tombe, tout comme la projection de la vidéo ZzZ (2016) montre des enfants jouant à un rituel funéraire s’apparentant à celui du couché.


Est ce que la vieille dame des dessins, qui rappellent l’univers d’Hansel et Gretel, est la même que celle du film Millseweg 2  ? Ses intentions sont-elles douces ? Qui sont ces enfants et où se trouvent à présent leurs parents ?


Marie Hendriks